Clair de lune
Huile sur toile · 40 × 70 cm · 2024
Une nuit entière peinte sans une seule couleur — et pourtant, la lune éclaire.
Une marine nocturne peinte sans une seule couleur. La lune ouvre sur l'eau un chemin de lumière, seul endroit franchement clair de la toile ; tout le reste est une affaire de gris, certains tirant vers le bleu, d'autres vers le brun. Le rivage n'est indiqué que par quelques traits, juste assez pour qu'on devine la terre. La contrainte du noir et blanc a tout décidé : ne pouvant plus jouer sur les teintes, il a fallu faire tenir la toile entière sur la lumière. Une nuit qui apaise ou qui inquiète, selon le jour où on la regarde.
Cette toile est née d'un refus de couleur. Je sortais d'une série très chargée et je n'en pouvais plus des pigments. J'ai décidé de peindre une mer entière avec du noir, du blanc et rien d'autre. La contrainte a tout changé : ne pouvant plus jouer sur les teintes, il a fallu tout faire tenir sur la lumière.
Le chemin de lune, au centre, est la seule zone franchement claire de la toile. Tout le reste est une affaire de gris. En s'approchant, on voit que la mer n'est pas noire : elle est faite de dizaines de gris différents, certains tirant vers le bleu, d'autres vers le brun. Le rivage, en bas, est à peine indiqué — quelques traits, et l'on comprend qu'il y a une terre.
J'ai peint la lune en dernier, et c'était l'étape la plus risquée : un blanc mal posé et toute la nuit s'effondre. J'ai fait plusieurs essais sur des chutes de toile avant d'oser. Le chemin de lumière sur l'eau, lui, a été construit en le retirant : je posais du gris, puis j'essuyais au chiffon pour retrouver le clair du dessous.
Huile sur toile de lin, en couches très minces. Contrairement à mes toiles de fleurs, il n'y a presque pas de relief ici — la matière devait rester silencieuse. Le lin apparaît par endroits sous la peinture, et son grain fait office de texture pour l'eau. Une nocturne demande peu de matière et beaucoup de patience.
Une nuit peut être apaisante ou inquiétante, et cette toile ne choisit pas. Les uns y trouvent le calme, les autres une solitude. J'ai remarqué que cela dépend souvent moins de la toile que du jour où on la regarde.
Jérôme Wattebled « Clair de lune », 2024 Huile sur toile, 40 × 70 cm Pièce unique, signée.