L'arbre d'argent
Huile sur toile · 50 × 65 cm · 2025
Une lumière qui monte du sol au lieu de tomber du ciel. Impossible : c’est justement le sujet.
Un arbre incandescent éclaire, par en dessous, un champ de fleurs nocturne. On croit d'abord voir un paysage de nuit — puis on comprend que la clarté ne vient de nulle part : ni lune, ni lampe. Elle monte du sol, traverse les fleurs et remonte dans les branches. Cette image n'existe pas dans la nature, et c'est ce qui la rend possible. Peinte sur un fond entièrement noir, éclaircie touche après touche comme on grave, elle tient de l'apparition plus que du paysage. Chacun y met ce qu'il veut : un incendie, un souvenir, une présence.
Je n'ai pas vu cet arbre. Je l'ai rêvé, ou plutôt j'ai rêvé sa lumière : quelque chose qui éclairerait par en dessous, au lieu de recevoir la lumière du ciel. C'est une image qui est restée plusieurs mois avant que j'ose la peindre, parce qu'elle n'a aucun sens dans la nature. Il a fallu accepter de faire un tableau faux pour qu'il devienne juste.
On croit d'abord voir un paysage nocturne. Puis on comprend que l'éclairage ne vient de nulle part : ni lune, ni lampe. La clarté monte du sol, à travers les fleurs, et remonte dans les branches. Les fleurs du champ, vues de près, sont des points de blanc cassé posés sur un fond très sombre — presque des étincelles.
Le fond a été peint noir, entièrement, puis j'ai travaillé en éclaircissant, comme on grave. C'est l'inverse de ma façon habituelle. Chaque touche claire était définitive : impossible de revenir en arrière sans salir. J'ai perdu deux versions avant celle-ci. La troisième a été peinte d'une traite, en deux jours, sans m'arrêter.
Huile sur toile de lin. Les noirs sont profonds et mats, les clairs légèrement plus épais — la différence de brillance suffit à faire avancer la lumière. Sous un éclairage chaud, l'arbre semble s'allumer davantage. C'est une toile qui vit mal en plein jour et très bien le soir.
Apparition, incendie, souvenir : on m'a proposé les trois. Je préfère ne rien fixer. Une image qui n'existe pas dans la nature laisse plus de place à celui qui la regarde qu'un paysage reconnaissable.
Jérôme Wattebled « L'arbre d'argent », 2025 Huile sur toile, 50 × 65 cm Pièce unique, signée.