L'été suspendu
Huile sur toile · 50 × 70 cm · 2024
Née d'un rêve : un monde parallèle où l'on entre par une échelle. Elle n'est pas peinte — c'est au milieu du champ qu'il faut la chercher.
Cette toile vient d'un rêve. J'arrivais dans un monde parallèle au nôtre, et l'on y accédait par une échelle. Cette échelle, je ne l'ai pas peinte : elle est là, au milieu du champ, dans ce que je n'ai pas peint. C'est par là qu'on revient. L'arbre n'est pas placé au hasard. Il occupe l'emplacement du nombre d'or, calculé sur les dimensions de la toile — comme sur toutes mes toiles. C'est ce qui la fait vibrer quand on la regarde longtemps, sans qu'on sache pourquoi. La lumière vient de derrière la montagne, et elle n'est pas encore là. Elle raconte une lumière cachée en chacun de nous, qui éclaire nos vies sans que nous en ayons conscience. C'est elle que je cherche à chaque fois : qu'elle ressorte, et qu'elle devienne une source d'énergie.
Elle est née d'un rêve, pas d'un paysage. J'arrivais dans un monde parallèle au nôtre et l'on y montait par une échelle. Au réveil, il ne restait que ça : la sensation d'un lieu qui existe à côté du nôtre, et un moyen d'y passer. Je n'ai pas peint l'échelle. Elle est au milieu du champ, dans la partie que j'ai laissée ouverte — c'est le trou par lequel on revient. Peindre une chose absente est la seule façon que j'aie trouvée de peindre un rêve sans le trahir.
L'œil va d'abord à l'arbre. Puis à la lumière. Et seulement après, quand on a cessé de chercher, on découvre les fleurs. L'arbre est posé sur l'emplacement du nombre d'or, mesuré d'après les dimensions exactes de la toile. Rien ne le signale, et c'est bien ainsi : on ne voit pas une proportion, on la ressent. C'est elle qui fait vibrer la surface quand on reste devant. Au milieu du champ, une zone que je n'ai pas peinte. La plupart des gens la traversent sans s'arrêter. C'est pourtant là que se trouve l'échelle.
Le nombre d'or n'est pas une décision d'après coup : je place l'arbre avant tout le reste, à cet endroit-là, sur chacune de mes toiles. Ensuite seulement viennent le champ, les montagnes, le ciel. Le plus difficile a été de tenir la lumière de derrière — celle qui n'apparaît pas encore, cachée par les montagnes. Elle doit se deviner sans se montrer. Une lumière trop visible aurait fermé le tableau ; il fallait qu'elle reste une promesse.
Huile sur toile de lin. Les fleurs du premier plan sont montées en couches épaisses, jusqu'à ce qu'elles avancent physiquement vers celui qui regarde ; le lointain, à l'inverse, est posé en couches très minces, presque un voile. Cet écart de matière n'est pas décoratif. C'est lui qui fait entrer l'air dans la toile, et qui donne au champ sa fraîcheur — celle de la montagne et celle des herbes, ensemble.
Ce que j'ai voulu, c'est que la lumière ressorte et qu'elle devienne une source d'énergie. Pas une lumière représentée : une lumière qui donne quelque chose à celui qui la reçoit. On peut ne voir qu'un champ sous un ciel d'été. On peut aussi sentir le vent qu'on n'entend pas et qui déplace tout, le soleil qui se pose sur le visage, la fraîcheur qui monte. Et si l'on cherche l'échelle, on la trouvera. Je ne dis pas où.
Jérôme Wattebled « L'été suspendu », 2024 Huile sur toile, 50 × 70 cm, sur toile de lin Pièce unique, signée.