Sous les cerisiers

Huile sur toile · 50 × 73 cm · 2024

Un cerisier en pleine floraison inonde la toile de rose ; deux promeneurs s'arrêtent à son pied. Un instant de printemps devenu couleur.

Ils avancent main dans la main, minuscules sous l'immense floraison. Le cerisier déploie sa générosité rose au-dessus d'eux, quelques pétales déjà déposés dans l'herbe claire. C'est l'instant fragile où tout commence : la douceur d'un printemps, la promesse tenue d'une présence à l'autre. « Sous les cerisiers » saisit la floraison à son apogée : un arbre couvert de fleurs roses domine un pré vert où deux silhouettes minuscules se sont arrêtées. Peinte à l'huile, la toile laisse la couleur déborder jusqu'à envahir l'air lui-même — le décor se fait émotion. Une œuvre sur la douceur fugace du printemps, ce moment qu'on voudrait retenir.

J'ai commencé cette toile pour la couleur, sans figure. Un cerisier, du rose, un pré. Elle est restée comme ça plusieurs semaines et quelque chose manquait — elle était belle et vide. J'ai ajouté les deux silhouettes très tard, minuscules, presque par défi. C'est à ce moment-là que l'arbre a cessé d'être un arbre pour devenir un abri.

L'œil va d'abord à la masse rose, qui occupe presque tout. Il faut un instant pour repérer les deux promeneurs, en bas, main dans la main. Puis on remarque les pétales déjà tombés dans l'herbe — ils sont peints un par un, en touches minuscules. C'est le seul endroit de la toile où le printemps est déjà en train de finir.

Le rose est un piège : un ton de trop et la toile devient sucrée. J'ai dû le casser à plusieurs reprises, avec du gris, avec un peu de vert emprunté au pré. Les silhouettes ont été reprises quatre ou cinq fois. Trop précises, elles racontaient une histoire particulière ; il fallait qu'elles restent floues pour que chacun puisse y mettre les siennes.

Huile sur toile de lin. La floraison est travaillée en touches courtes, superposées, qui laissent voir la couche d'en dessous — c'est ce qui donne l'impression que la couleur vibre au lieu d'être posée à plat. Le pré, lui, est peint en larges passes lisses. Le contraste entre les deux surfaces fait que l'arbre semble bouger quand on se déplace devant la toile.

On me parle souvent de mariage, ou de commencement. On me parle aussi, parfois, de fin — parce que les pétales tombent. Les deux lectures sont dans la toile, et je n'ai pas envie d'en éliminer une.

Jérôme Wattebled « Sous les cerisiers », 2024 Huile sur toile, 50 × 73 cm Pièce unique, signée.